La colonisation microbienne précoce dans la prévention des allergies alimentaires infantiles

Comprendre le rôle de la colonisation microbienne précoce dans la prévention des allergies alimentaires chez les enfants grâce à une supplémentation en oligosaccharides du lait maternel.

Face à la croissance constante des allergies, la recherche sur la prévention des allergies dès le plus jeune âge est en essor. Chez la souris, nous avons démontré qu’une supplémentation maternelle en un sucre du lait maternel pendant la grossesse prévenait de la survenue de l’allergie alimentaire chez la descendance. Ce projet a pour but de mettre en évidence le rôle des divers acteurs biologiques dans cette prévention.

 

A l’heure actuelle, un tiers de la population mondiale est affecté par une ou plusieurs allergie, et leur prévalence ne cesse d’augmenter (Sanchez-Borges et al., World Allergy Organization Journal, 2018). Les allergies alimentaires résultent d’une réaction disproportionnée du système immunitaire envers un aliment normalement inoffensive pour l'organisme,  associées à un déséquilibre du microbiote intestinales et des barrières épithéliales intestinales. Au cours des 1 000 premiers jours de vie (de la conception à l’âge de 2 ans), l’alimentation des femmes enceintes peut influencer le développement et la maturation de ces systèmes biologiques chez l’enfant, ce qui représente une fenêtre d’opportunité pour intervenir afin de réguler le développement des allergies. Les sucres du lait maternel, en particulier le 2’-fucosyllactose (2’-FL), possèdent des propriétés anti-inflammatoires, favorisent la colonisation de bactéries intestinales bénéfiques pour la santé et renforcent la barrière intestinale (Rousseaux et al., Front Immunol. 2021). Nous avons démontré qu’une supplémentation maternelle en 2’-FL pendant la grossesse prévenait de la survenue de l’allergie alimentaire chez la progéniture (Rousseaux et al., Allergy 2024). Cette protection était associée à la mise en place d’une empreinte immunitaire in utero, qui persiste chez la progéniture, et également à des modifications du microbiote tant chez la mère que chez sa descendance (Brosseau et al., Gut Microbes 2025).

Afin de comprendre le rôle protecteur de la réponse de tolérance induite chez la progéniture issue de mères supplémentées, nous avons supprimé le transfert vertical du microbiote maternel à la naissance. Nous avons démontré que la progéniture exposée au 2'-FL n’était plus protégée contre les symptômes de l’allergie alimentaire, malgré l’existence de l’empreinte immunitaire in utero. L’objectif de ce projet est de déterminer si l’empreinte spécifique du microbiote suffit à elle seule à prévenir l’allergie alimentaire, sans qu’une empreinte immunitaire in utero soit nécessaire. À cette fin, nous allons transférer le microbiote maternelle 2’-FL a des nouveau-nés issus de mères non supplémentée en 2’-FL, afin de mimer le transfert du microbiote 2’-FL à la naissance sans induire l’empreinte immune in utero. Cette étude sera la première à identifier les mécanismes par lesquels une stratégie nutritionnelle peut prévenir l’allergie alimentaire. Ce projet préclinique apportera une preuve de concept indispensable avant le développement clinique et pourra ouvrir la voie à une nouvelle stratégie nutritionnelle pour la prévention primaire des allergies.

Le projet est coordonné par Marie Bodinier, responsable de l’équipe Allergie, et réalisé dans le cadre de la thèse de Marine Le Romancer. Le modèle utilisé ainsi que l’analyse des symptômes et des marqueurs de l’allergie, la caractérisation du système immunitaire et les analyse statistiques seront réalisé au sein de l’équipe Allergie.

biostime

Synopsis du projet

  • Date de début du projet : janvier 2027 (18 mois)
  • Coordination : Marie BODINIER (équipe Allergie)
  • Partenaires/entités impliqués : Host-microbe interactions and pathophysiology, Pasteur Institute, France; Institut MICALIS, INRAE, France; Equipes Allergie, BIA.
  • Type de financement : Programme de partenariat de l'Institut Biostime pour la recherche en nutrition et en soins.

Contact :  Marie BODINIER, marie.bodinier@inrae.fr